Le Mémorial de Dannemarie
Histoire, témoignages et récits de vie en Alsace / 22 sept. 2026

Le Mémorial de Dannemarie

Le Mémorial de Dannemarie et les tranchées de 14-18

Le Mémorial de Haute-Alsace , à Dannemarie dans le Sundgau, abrite la plus grande tranchée reconstituée de France et une collection de plus de 15 000 pièces de la Première Guerre mondiale. Il se situe à proximité du kilomètre zéro , l'extrémité sud du front franco-allemand, là où sont tombés les deux premiers soldats de la guerre — 36 heures avant la déclaration officielle des hostilités .

  • Une tranchée immersive parcourue à pied, reconstituée à l'échelle réelle.
  • Le point de départ du front de l'Ouest, à quelques kilomètres de la frontière suisse.
  • Un pan méconnu de 14-18 : le front d'Alsace, longtemps resté dans l'ombre de Verdun.

On associe la Grande Guerre à la Somme, à Verdun, au Chemin des Dames. Rarement au Sundgau. C'est pourtant ici, à quelques kilomètres de la Suisse, que la guerre a fait ses deux premiers morts — et que se trouve aujourd'hui la reconstitution de tranchée la plus complète du pays.

le memorial de dannemarie et les tranchees de 14 18


Dannemarie, là où la Grande Guerre a commencé

La région frontalière du Sundgau occupe une place singulière dans l'histoire du conflit : elle en a écrit les toutes premières lignes, avant même que la guerre soit déclarée.

Peugeot et Mayer, les deux premiers tombés

Le caporal Jules André Peugeot , côté français, et le sous-lieutenant Albert Mayer , côté allemand, furent les premiers soldats à tomber sur le front de l'Ouest. Leur mort survient 36 heures avant l'ouverture officielle des hostilités entre la France et l'Allemagne.

Ce détail chronologique dit quelque chose d'essentiel sur cette guerre : elle a commencé avant d'être déclarée, dans une zone frontalière où les patrouilles se croisaient déjà. Les deux hommes sont aujourd'hui associés dans la mémoire du lieu, l'un et l'autre premiers d'une liste qui n'en finira plus.

Le kilomètre zéro du front

Le front franco-allemand courait de la mer du Nord à la frontière suisse. Son extrémité sud — ce que l'on appelle le kilomètre zéro — se situait précisément dans cette région, contre le territoire helvétique neutre.

C'est ici que les deux camps établirent leurs premières tranchées, de part et d'autre de la rivière. Une configuration particulière : le front s'arrête net contre une frontière neutre, sans possibilité de contournement. La ligne s'y est figée très tôt, et pour toute la durée du conflit.

La plus grande tranchée reconstituée de France

C'est la pièce maîtresse du mémorial, et ce qui le distingue de tous les autres lieux de mémoire de la Grande Guerre.

Pourquoi les hommes se sont enterrés

Au total, 2 490 kilomètres de tranchées furent creusés par les soldats des deux camps. Larges de 1 à 2 mètres, profondes de 3 mètres, elles ont été ouvertes à la pelle et à la pioche, à la seule force des bras.

Ce travail titanesque n'était pas un choix tactique mais une nécessité. Face aux armes nouvelles — fusils à répétition, mitrailleuses, artillerie à tir rapide — mener la guerre à découvert devenait impossible. La tranchée est la réponse défensive à une puissance de feu que les états-majors n'avaient pas anticipée. Elle transformera une guerre de mouvement en une guerre de position de quatre ans.

Une collection de 15 000 pièces

La reconstitution a pu voir le jour grâce à une collection privée considérable : armes, uniformes, équipements et objets du quotidien rassemblés sur des décennies. Plus de 15 000 pièces composent aujourd'hui le fonds du mémorial.

C'est cette densité d'objets authentiques qui donne à la tranchée sa force. Le visiteur ne parcourt pas un décor : il traverse un espace meublé de ce que les hommes y avaient réellement.

Ce que la tranchée fait comprendre

Un texte décrit la boue, le froid, l'attente. Un parcours physique dans une tranchée à l'échelle réelle les fait éprouver. C'est la différence entre lire et comprendre.

Quelques réalités que la visite rend tangibles :

  • L'étroitesse — un à deux mètres de large, où l'on se croise avec difficulté, en portant des charges, sous le feu.
  • L'absence d'horizon — trois mètres de profondeur signifient qu'on ne voit rien du paysage. Le monde se réduit à un couloir de terre et à une bande de ciel.
  • L'eau — le fond d'une tranchée collecte la pluie et la nappe. La boue permanente n'est pas un décor de récit, c'est une donnée structurelle.
  • Le bruit et l'attente — l'essentiel du temps ne se passait pas à l'assaut, mais à attendre, à entretenir, à guetter.
  • La promiscuité — vivre, dormir, manger et mourir dans le même espace, sans intimité d'aucune sorte.

Le front d'Alsace reste l'un des grands oubliés du récit national. Éclipsé par Verdun et la Somme dans la mémoire collective, il a pourtant connu des combats acharnés, notamment dans les Vosges. Visiter Dannemarie, c'est aussi remettre une pièce manquante dans une histoire qu'on croit connaître.

Préparer votre visite

Le parcours ne se vit pas de la même façon selon qu'on vient en famille, avec une classe ou pour une recherche personnelle. Indiquez votre situation pour savoir sur quoi concentrer votre visite.

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Votre situation

En famille

Visite en famille

1 h 30 à 2 h durée de visite conseillée

  • La tranchée en premier : c'est ce qui marque le plus les enfants.
  • Les objets du quotidien plutôt que l'armement, plus parlants pour les jeunes visiteurs.
  • Prévoir des pauses : le parcours immersif est dense.
  • Préparer deux ou trois questions avant la visite pour donner un fil aux enfants.

Le parcours en tranchée peut impressionner les plus jeunes. Annoncez-leur ce qu'ils vont voir, cela change complètement la façon dont ils le reçoivent.

Groupe scolaire

Groupe scolaire

2 h à 2 h 30 durée de visite conseillée

  • Contacter le mémorial en amont pour les modalités d'accueil des groupes.
  • Travailler la notion de kilomètre zéro en classe avant la visite.
  • Faire le lien avec le programme : guerre de position, armes nouvelles, vie du soldat.
  • Prévoir un temps de restitution après la visite, pendant que les impressions sont fraîches.

L'épisode Peugeot et Mayer est un excellent point d'entrée pédagogique : il donne un visage à une guerre que les chiffres rendent abstraite.

Recherche familiale

Recherche familiale

2 h et plus durée de visite conseillée

  • Apporter les documents dont vous disposez : photos, lettres, régiment, matricule.
  • Repérer les uniformes et insignes correspondant à l'unité recherchée.
  • Interroger l'équipe du mémorial sur les sources locales.
  • Croiser ensuite avec les archives départementales et Mémoire des Hommes.

Un mémorial n'est pas un service d'archives : il éclaire un contexte, il ne délivre pas de dossier individuel. Les deux démarches se complètent.

Passionné d'histoire

Passionné d'histoire

2 h 30 à 3 h durée de visite conseillée

  • La collection d'armement et d'équipement, exceptionnelle par son volume.
  • La configuration du front sud, singulière parce qu'adossée à un pays neutre.
  • Les détails de construction de la tranchée : profils, coffrages, drainage.
  • Le rapport entre les deux camps sur un front figé très tôt.

Le front d'Alsace est peu documenté dans la littérature générale. C'est précisément ce qui rend ce mémorial intéressant pour qui connaît déjà 14-18.

Première approche de 14-18

Première approche de 14-18

1 h 30 durée de visite conseillée

  • Commencer par le contexte du kilomètre zéro pour situer le lieu dans la guerre.
  • Traverser la tranchée sans se presser : c'est le cœur de la visite.
  • Retenir trois chiffres : 2 490 km de tranchées, 3 mètres de profondeur, quatre ans.
  • Terminer par les objets personnels, qui donnent une échelle humaine.

N'essayez pas de tout retenir. Une visite réussie laisse une impression physique du lieu, pas une liste de dates.


Le mémorial se trouve à Dannemarie, au cœur du Sundgau, à faible distance de Bâle et de la frontière suisse. Pour les horaires d'ouverture, les tarifs et les modalités de réservation des groupes, reportez-vous aux informations pratiques communiquées par le mémorial lui-même.

Pourquoi ces lieux comptent

Un mémorial n'est pas un musée comme un autre. Il ne conserve pas seulement des objets : il maintient ouvert un accès à une expérience que plus personne ne peut raconter de première main.

La Grande Guerre est sortie du champ du témoignage vivant. Il ne reste que les traces — les tranchées, les objets, les lettres, les noms sur les monuments. C'est exactement ce que j'appelle le devoir de mémoire : non pas commémorer par habitude, mais transmettre pendant qu'il est encore possible de le faire avec justesse.

Cette conviction est à l'origine de mon travail d'écriture. L'Enfer du Miroir raconte une autre guerre et un autre drame — celui des incorporés de force du second conflit mondial — mais procède de la même intention : donner une forme à ce que les archives seules ne transmettent pas.

Questions fréquentes

Où se trouve le Mémorial de Dannemarie ?

À Dannemarie, dans le Sundgau haut-rhinois, à faible distance de Bâle et de la frontière suisse. Le lieu est également désigné sous le nom de Mémorial de Haute-Alsace.

Qu'est-ce que le kilomètre zéro du front ?

L'extrémité sud du front franco-allemand de 14-18, qui s'arrêtait contre la frontière suisse neutre. Le front courait de là jusqu'à la mer du Nord.

Qui étaient Jules André Peugeot et Albert Mayer ?

Les deux premiers soldats tombés sur le front de l'Ouest, l'un français et l'autre allemand, 36 heures avant la déclaration officielle de guerre entre la France et l'Allemagne.

La tranchée reconstituée se visite-t-elle à pied ?

Oui, il s'agit d'un parcours immersif que l'on traverse, reconstitué à l'échelle réelle. C'est ce qui en fait la plus importante reconstitution de ce type en France.

Pourquoi le front d'Alsace est-il si peu connu ?

Parce que le récit national s'est construit autour de Verdun, de la Somme et du Chemin des Dames. Le front d'Alsace, figé très tôt contre la frontière suisse, est resté à l'écart de cette mémoire dominante.

Ce qu'il faut retenir

Le Mémorial de Dannemarie réunit trois choses rares : le lieu où la guerre a fait ses premiers morts, l'extrémité méridionale d'un front de 700 kilomètres, et la reconstitution de tranchée la plus complète de France. On en ressort avec une compréhension physique de ce que quatre années sous terre ont pu représenter — ce qu'aucun texte ne parvient tout à fait à transmettre.

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