Les Malgré-Nous : l'histoire tragique des Alsaciens et Mosellans incorporés de force


Ils n'ont pas choisi leur guerre. Ils n'ont pas choisi leur uniforme. Enrôlés de force dans l'armée allemande, 130 000 jeunes Alsaciens et Mosellans ont été contraints de combattre pour l'ennemi. On les appelle les Malgré-Nous. Leur histoire est l'une des pages les plus douloureuses et plus méconnues de la Seconde Guerre mondiale.

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©Juergen Kappenberg

1940 : l'Alsace et la Moselle annexées de force par l'Allemagne nazie


En juin 1940, l'Allemagne annexe l'Alsace et la Moselle. En quelques semaines, ces territoires passent sous administration nazie. L'Alsace est dirigée par le Gauleiter Robert Wagner. La Moselle est sous les ordres du Gauleiter Josef Bürckel. Le français est interdit. Les prénoms d'origine alsacienne sont germanisés. La population est contrainte d'adopter la nationalité allemande aux dépens de l'identité française.


Toute résistance est réprimée sévèrement. Les familles qui refusent de se soumettre sont expulsées vers l'intérieur de la France ou déportées en camp de concentration. Les nazis imposent leur loi avec une brutalité méthodique. Les Alsaciens et les Mosellans n'ont pas le choix.

1942 : le début des incorporations forcées


En août 1942, les premières classes sont appelées. Les jeunes gens nés entre 1920 et 1927 sont incorporés de force dans la Wehrmacht, puis dans les Waffen-SS. Au total, environ 130 000 hommes sont concernés : 100 000 Alsaciens et 30 000 Mosellans. Certains ont à peine 17 ans. Ils partent sans pouvoir choisir, laissant derrière eux leurs familles, leurs villages, leur langue.

Les Malgré-Nous : des Français envoyés au front contre leur volonté


Incorporés dans des unités éloignées de leur région, les Malgré-Nous sont surveillés en permanence. Toute tentative de désertion est punie de mort. Leurs proches restés en Alsace et en Moselle sont pris en otage, car ils risquent la déportation si leur fils ou leur frère prend la fuite.

Les Malgré-elles : des femmes oubliées de l'histoire


Les femmes ne sont pas épargnées. Des milliers d'Alsaciennes et de Mosellanes sont incorporées de force dans des organisations paramilitaires nazies, notamment le Reichsarbeitsdienst, le service du travail obligatoire.


Affectées à des tâches administratives, agricoles ou industrielles au service du Reich, elles subissent elles aussi la contrainte et l'arrachement. Leur histoire, longtemps ignorée, commence seulement à être reconnue.

Le front de l’Est : l'enfer des Malgré-Nous


Envoyés sur le front de l'Est, ces jeunes gens découvrent l'horreur de la guerre dans ses formes les plus brutales. Les températures glaciales, les assauts incessants, la mort omniprésente. Ils se battent dans un uniforme qu'ils n'ont pas choisi, pour une cause qui n'est pas la leur.


40 000 d'entre eux ne reviendront jamais. Certains tombent au combat. D'autres succombent au froid, à la faim ou à la maladie. Des milliers sont faits prisonniers par l'armée soviétique et disparaissent dans les camps de travaux forcés en URSS. Le dernier Malgré-Nous libéré du camp de Tambov, Jean-Jacques Remetter, ne rentre chez lui qu'en 1955. Soit dix ans après la fin des combats. 


Ceux qui tentent de s’échapper risquent leur vie. Pris par les Allemands, ils sont fusillés. Capturés par les Soviétiques, ils sont traités comme des soldats ennemis. Entre les deux, il n'y a pas de place pour la nuance.

Une zone grise douloureuse : ni héros ni traîtres


Pris en étau entre deux nations, les Malgré-Nous reviennent de la guerre en portant un uniforme que la France ne leur pardonne pas.

Le silence et l'incompréhension


Au retour, les Malgré-Nous se heurtent à une double incompréhension. En Alsace et en Moselle, on préfère ne pas en parler.


Les raisons sont multiples : 


  • l'horreur de ce qu'ils ont vu et vécu ;
  • la honte d'avoir porté l'uniforme allemand ; 
  • le besoin d'oublier les pousse à se taire pour avancer.


Le gouvernement provisoire français ne facilite pas leur réintégration. Leur statut de victimes n'est pas reconnu.


Dans le reste de la France, ils sont souvent perçus comme des collaborateurs. Le malentendu est total. Comment expliquer qu'on puisse être français et avoir combattu dans l'armée allemande ?

Le massacre d'Oradour-sur-Glane et le procès de Bordeaux


Le 10 juin 1944, la division SS Das Reich massacre 643 civils à Oradour-sur-Glane. Parmi les soldats impliqués, 13 sont des Malgré-Nous alsaciens. En 1953, ils sont jugés à Bordeaux aux côtés des militaires allemands.


Leur condamnation provoque une vive émotion en Alsace. Le parlement français vote alors une loi d'amnistie controversée au nom de la réconciliation nationale. Pour certains, elle reconnaît le statut de victimes des Malgré-Nous. Pour d'autres, elle constitue un déni de justice pour les disparus d'Oradour. Cette blessure met des décennies à cicatriser.

La mémoire des Malgré-Nous : une reconnaissance tardive


Pendant de nombreuses années, les Malgré-Nous ont gardé le silence. Par honte. Par pudeur. Par peur de ne pas être compris. Ce n'est que progressivement que cette tragédie a commencé à être reconnue et enseignée.


Le 11 novembre 2025, le président de la République dévoile une plaque à la mémoire des incorporés de force à l'Hôtel des Invalides, à Paris. Ce geste symbolique fort est le résultat du combat mené par la députée du Haut-Rhin Brigitte Klinkert. Une reconnaissance officielle, tardive mais réelle, du sacrifice de ces hommes et de ces femmes contraints de combattre contre leur volonté.

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©Vincent Voegtlin

Les Malgré-Nous alsaciens et le livre L'Enfer du Miroir


Parmi ces 130 000 Malgré-Nous, il y avait Nesti. Ce jeune Alsacien de 17 ans fut enrôlé de force dans l’armée du Reich en août 1943. Il reviendra la gueule cassée, le visage arraché par une balle explosive. Comme des milliers de survivants, il enfouira longtemps ce qu'il a vécu.


C'est son histoire que Jean-Pierre Gonzales raconte dans L'Enfer du Miroir. Un témoignage romancé, inspiré de faits réels qui se sont déroulés pendant la Seconde Guerre mondiale. Disponible en livre numérique et en version audio.

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